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Que faire face à une situation de harcèlement en entreprise ?

Le mot est employé pour des situations très différentes, du management brutal au conflit interpersonnel, et cette imprécision nuit à ceux qui en sont réellement victimes.

Marc Prager3 min de lectureGénéral
Que faire face à une situation de harcèlement en entreprise ?

Le mot est employé pour des situations très différentes, du management brutal au conflit interpersonnel, et cette imprécision nuit à ceux qui en sont réellement victimes. Commencer par la définition n’est donc pas une précaution de style : c’est ce qui détermine les recours possibles.

Ce que le droit appelle harcèlement

En droit français, le harcèlement moral se définit par des agissements répétés qui dégradent les conditions de travail d’une personne, de manière à porter atteinte à ses droits et à sa dignité, à altérer sa santé physique ou mentale, ou à compromettre son avenir professionnel. Trois éléments sont donc requis : la répétition, la dégradation, et son effet sur la personne.

Deux conséquences pratiques en découlent. La première : l’intention de nuire n’est pas nécessaire — des agissements peuvent être qualifiés de harcèlement par leurs seuls effets, ce qui vise notamment certaines méthodes de management. La seconde : un fait isolé, même grave, relève d’une autre qualification, et une décision défavorable ou un reproche justifié n’en constituent pas.

Le harcèlement sexuel fait l’objet d’une définition distincte, qui couvre les propos ou comportements à connotation sexuelle répétés, ainsi que — même sans répétition — toute forme de pression grave exercée dans le but d’obtenir un acte de nature sexuelle. Les deux sont des délits, sanctionnés par le Code pénal, et non de simples manquements internes.

Le détail des définitions, des recours et des délais figure sur service-public.fr, qui fait référence en la matière.

Les premiers réflexes utiles

L’isolement est ce qui aggrave le plus sûrement ces situations : il fait douter de son propre jugement, et il prive de témoins. Quatre gestes comptent, dans cet ordre :

  • Consigner les faits. Dates, heures, propos tenus, personnes présentes. Un cahier suffit. Ce n’est pas de la paranoïa : c’est ce qui transforme un ressenti en éléments recevables.
  • Conserver les traces écrites. Courriels, messages, comptes rendus. Sur une messagerie professionnelle, en garder copie ailleurs.
  • En parler à quelqu’un. Un proche, un collègue de confiance : quelqu’un qui puisse dire ce qu’il constate, et vous éviter de tout ramener à vous.
  • Consulter le médecin du travail. Il est tenu au secret, indépendant de la hiérarchie, et son constat de retentissement sur la santé pèse lourd par la suite.

À qui s’adresser dans l’entreprise

Plusieurs interlocuteurs existent, et il n’est pas nécessaire de les saisir dans l’ordre. Les représentants du personnel au comité social et économique disposent d’un droit d’alerte ; les entreprises d’une certaine taille doivent avoir désigné un référent en matière de harcèlement sexuel ; la direction des ressources humaines a l’obligation d’instruire un signalement.

À l’extérieur, l’inspection du travail peut être saisie, le Défenseur des droits également lorsque la situation relève d’une discrimination. Un avocat en droit du travail est utile dès que l’on envisage une action, ne serait-ce que pour évaluer les chances d’aboutir. En droit du travail, la charge de la preuve est aménagée : il appartient au salarié de présenter des éléments de fait, puis à l’employeur de démontrer que ses décisions étaient étrangères à tout harcèlement.

Si vous êtes témoin

Le témoin occupe une position plus décisive qu’il ne le croit, parce qu’il peut faire ce que la victime ne peut plus faire : constater. Aller vers la personne et lui demander comment elle va, simplement, sans diagnostic ni conseil, est le premier geste utile — être cru compte davantage que d’être aidé.

Ensuite, écrire ce qu’on a vu, de son côté, avec des dates. Un témoignage rédigé à froid vaut infiniment plus qu’un souvenir sollicité six mois plus tard. Signaler, enfin : un salarié qui témoigne ou relate des faits de harcèlement est protégé contre les représailles.

Ce que l’employeur est tenu de faire

L’obligation ne se limite pas à réagir : l’employeur doit prévenir. Cela suppose une information des salariés, des procédures de signalement connues, et l’intervention dès les premiers signes — pas seulement après une plainte formelle.

Saisi de faits, il doit les instruire sérieusement : entendre les parties séparément, recueillir les éléments, et prendre des mesures conservatoires si la situation l’exige. La conciliation n’est pas toujours pertinente, et elle est même contre-indiquée quand elle revient à mettre face à face une victime et son harceleur. L’inaction, elle, engage sa responsabilité : le manquement à l’obligation de sécurité est sanctionné indépendamment de la qualification finale des faits.

Ce sujet touche par ailleurs à la manière dont l’encadrement est exercé au quotidien : un management fondé sur le respect des personnes et des méthodes explicites pour traiter les désaccords ne suppriment pas le risque, mais ils empêchent beaucoup de situations de s’installer.

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Marc PragerCoach professionnel certifié ICF PCC